Moctar, dans le désert lybien

Impossible de se perdre dans le désert avec Moctar, le Touareg qui connaît l'Akakus comme sa poche. De nuit, de jour, à dromadaire, et avec ses gravures rupestres.

2006
Imposante barrière de grès, l’Akakus à la force masculine tranche les rondeurs des dunes féminines dans le vif. Et enfante des paysages sensuels où le sable vient lécher des rochers ocres aux formes oniriques. En quête des gravures rupestres dans les oueds libyens ? Les caravanes touarègues seront peut-être votre trésor.
 
Article (texte et photos) "Tendre est la dune, dure est la pierre" paru dans Planète Déserts en 2006, ansi que dans Afriqya
 
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Elle rôtit dans les braises sur le sable orangé. Ronde, plate et chaude, la tagella, la galette touarègue, se cuit et se déguste comme plat principal. Régénération après 6 h de marche, artoufa (merci). Dans ce coin de Libye, Cak, le cuisinier, mitonne ses plats du soir dans le noir. Des zébrures violettes et agrumes viennent surligner la silhouette des roches  déchiquetées.
 
Là, une ouverture semble dessiner la carte d’Afrique. Plus haut, sans doute un château fort. Un navire échoué au milieu du sable, une spirale de chantilly, un sphinx, un oisillon…
Les formes extravagantes stimulent l’imagination. Certaines sont institutionnalisées par les Touaregs  : « « le doigt » qui pointe son énergie vers le ciel ; « le genou de la montagne », comme une imposante coulée de pâte à gâteau. Ou encore « edouf », l’os de chèvre !
 
La première étoile se pointe au-dessus du massif de l’Akakus. Moctar attrape sa guitare pour gratter les différentes versions de « Ténéré », le désert en tamasheq. À cette heure, les chameliers ont le visage totalement recouvert de leur chèche. Flamme du soir, celle des ancêtres, celles des devinettes subtiles. Du thé serré comme du pétrole, servi trois fois, en hauteur. Chacun prend la direction de son emplacement choisi pour la nuit, à l’abri d’une touffe vert tendre d’afazo, dans le fond de l’oued asséché. Moctar, lui, sait encore se repérer dans la nuit. Grâce aux grands arbres, au relief du terrain, aux étoiles. Celle qui apparaît avant le lever du soleil indique l’est. La constellation du guerrier à l’épée est allongée : c’est le début de la période « froide ».
Le réveil-matin ? Un bruit de moteur : les sept dromadaires qui broutent en cœur. Bientôt, ils sont alourdis par les sacs, amarrés à des bats en tige de feuille de palmier. Sur le haut de leur cuisse, un croisillon indique leur clan d’appartenance, les Immouzourague, ceux qui se déplacent. D’une trace à l’index dans le sable, Moctar fignole la stratégie de la journée. « Tegle », on y va.
Dans le Wadi Tanezzuft, sur la terre en peau de crocodile, des bergers accroupis veillent justement sur les courtes chèvres engraissées aux petites coloquintes. L’occasion d’une improbable partie de pétanque sur un grillage de cucurbitacées asséchées. L’imposante barrière grise de l’Akakus barre l’horizon.
Au loin, Al Dinan, la montagne du diable, dresse ses cathédrales de pierre au-dessus des dunes rosées du matin. Pureté graphique. La force alliée à la douceur. Il faut aller se perdre dans chacune de ces extrémités pour apprécier leur union intime.
Se perdre dans les ondulations de sable. En haletant, se prendre pour équilibristes de la dune sur la ligne de crête. Et croquer le paysage en millefeuilles de couleur : orangé sable, liseré vert oued, gris sombre montagne, pureté bleu ciel. Les ombres et lumières calligraphient la dune en pleins et déliés accueillants. On les dévale comme des enfants.
Comme convenu, rendez-vous à l’arbre. Ali et Mohammed attachent des hautes branches d’acacia pour les descendre vers les dromadaires affamés. En bon gestionnaire, Cak étale les tranches de viande sur les buissons, au soleil, pour éviter qu’elle ne pourrisse. Posté sur les harnachements, un moula-moula, un oiseau noir à tête blanche observe.
Moctar profite de la pause pour se brosser les dents avec l’aguar, une plante à l’odeur des cabinets de dentiste.
Des aridités solides ou mouvantes  finissent par s’assembler pour virer au sublime. Est-ce la roche qui surgit du sable et se pétrifie en d’étranges postures, tantôt mamelons-champignons, tantôt empilements torturés, ou cônes mystiques ? Ou est-ce le sable ridé qui vient lécher la roche comme pour enfouir une cité révolue ?
Des aridités solides ou mouvantes finissent par s’assembler pour virer au sublime. Est-ce la roche qui surgit du sable et se pétrifie en d’étranges postures, tantôt mamelons-champignons, tantôt empilements torturés, ou cônes mystiques ? Ou est-ce le sable ridé qui vient lécher la roche comme pour enfouir une cité révolue ?
Se perdre dans les éboulis, sur les plateaux (reg) où les dromadaires crapahutent en chenille. La rocaille orange à violette révèle des fossiles de fougères, se tord en formes insolites. On a marché sur la lune.
Message gravé dans la roche en Tamashek
Le désert n’est pas si désert. Les caravanes se croisent. Celle du « chacal du désert » juchée sur leurs selles, la rhala, part pour trois jours alimenter les dromadaires.
Nuées de bétail, de chevaux, de dromadaires, de guerriers et de lions, d’archers et d’autruches, de girafe pommelée, de couples romains en forme de diabolos près de palmiers. Une vie quotidienne s’entremêle en blanc et rouge dans des cavités tapissées de crottes de chèvre. Pour dessiner à l’ocre, piler de l’argile affleurante et de la mêler à du lait de brebis : le pigment est prêt, il suffit d’un bâton. Si la majeure partie date de 2 000 av JC jusqu’à la fin de la période romaine, l’art rupestre de l’Akakus reste vivant. Moins stylisé, plus réaliste, un homme installé sur un chameau fut dessiné par l’arrière grand-père d’un habitant de Ghât.
Venez jouer à l’Ingazan tamastan. Dans cet awalé improvisé, les jetons se font crottes de chameau. Simplicité désertique oblige.
Pour en savoir plus :
L’Akakus est le massif le plus haut du sud-ouest lybien, tout près de la frontière algérienne (à 80km de Djanet en Algérie). La Tadrart-Akakus (montagne Akakus en tamasheq, en fait la partie sud du massif) est classée patrimoine mondial de l’Unesco pour son exceptionnelle richesse en gravures et peintures rupestres. Le gouvernement libyen ne permet pas de visiter l’Akakus sans guide.
Quand partir ? La meilleure saison se situe de novembre à avril. Le ciel est bleu limpide, les oueds sont saupoudrés de touffes vert tendre. A partir de juin, il fait plus de 40°C dans le désert.
Evénement : festival de Ghât en décembre ou janvier : courses de dromadaires, musiques, danses et artisanat traditionnels touareg.

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