Danse avec les grues - Voix vives

Dockers et grutiers dans une danse sans musique sur le port de commerce. Un poème documentaire, écrit pour le festival de poésie Voix-vives 2015

Poésie, festival
2015
 
 
Gilet jaune, cambouis mâle,
Il brave le gouffre de la cale,
Etoile matinale, au milieu de matelots affairés,
Pour toute ballerine, des godillots de sécurité.
Paumes ouvertes, en cadence,
Mains caleuses et noires,
Il danse avec les grues.
 
Invisible, son partenaire de transe
Aux manettes, en miroir
Dans la cabine fourbue,
 
Marionnettiste géant
D'une mâchoire inhumaine
Capable d'avaler les tonnes
Transportées par l'océan
Soja, granit, urée, pâte à papier, éoliennes…
Sans relâche, quelle gloutonne !
 
Il fait vibrer ses doigts, illico 
Elle répond d’un pas chassé hydraulique
Il se grandit en posture flamenco,
Elle élève, fissa, son bras mécanique.
 
Tel le César d’un cirque mondial
Il pointe son pouce vers le bas. 
Elle s’incline à la verticale, 
Touchée, mais encore prompte au combat.
 
En équilibre sur le pont, bras écartés,
Gestes souples et concentrés.
En face : vertige, dextérité.
 
Docker, grutier, les danseurs partagent
un mystérieux langage,
S'envoient leur confiance sans âge
Par-delà le bastingage.
Un tango, yeux dans les yeux, 
Vu de haut, un pas de deux
Des marins arrimés aux quais.
 
Valse du transit, rouage de l’économie,
Leur duo ludique met en jeu des vies, 
Celle des pelleteurs de fond de cale, 
Fourmies perdues dans le ventre assouvi du navire tropical.
 
Un brin cynique,
la chorégraphie réclame sa valeur boursière.
D’un godet sûr, elle l’attire dans sa trémie conique,
Au milieu d’un bain de poussière.
 
Vrac, fracas, secousses, 
Entre ses jambes de fer, 
Elle rythme le ballet austère, 
Des camions qui s’entre-poussent,
Débordants de matières.
 
D'un bond, des tréfonds de l'échelle raide et métallique,
La relève arrive, épique.
Tape sur l'épaule peu volubile,
Frottements de crâne virils.
Accalmie,
Fin de la chorégraphie :
C’est la pause de midi.
 
 
 

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