Fête de la verge

OEuvres exposées lors de la fête de la verge organisée au Lieu Noir à Sète par Pascal Larderet et Josy Corrieri (Cie Cacahuète)

Montage photo, écriture de fiction
2012
 
UNE ENVIE PRESSANTE EN 2040

 
La selle du biclou commence à frotter mon entrejambe dépourvue de culotte, la chaleur humide fait le reste.
-Maman  a une envie pressante. Tu attends sur le vélo et tu t’entraînes à parler aux perroquets en anglais, d’accord ? Maman ne sera pas longue. Si des gens t’embêtent, tu leur demande s’ils ont déjà dormi la tête dans le frigo. Et au pire, tu leur donnes des coups de poing entre les jambes, et tu cours frapper à la cabine là-bas. Compris, mon Ulysse adoré ?
 
On a reconvertit certaines cabines téléphoniques en cabine d’essayage, comme ils disent pudiquement. Le même principe que les toilettes de rue où il faut introduire une pièce pour entrer pisser. A un détail près qu’à l’intérieur, surprise, il n’y a pas de toilettes, mais des cavités massantes, des appareils vibreurs. Et des mouchoirs. Ces technologies de partenariat entre la ville et les chaînes de magasins Kleensex, en fait, très peu pour moi. Je reste très nature comme femme. Je me masturbe au naturel. Avec mes doigts. Rien ne remplacera les méthodes de grand-mère. Mais dans la cabine quand même, urgence oblige, à cause de la selle du vélo. Ma pièce de deux euros, je la glisse avec envie dans la fente. Je tourne la poignée d’un coup sec. Une marche. A l’intérieur, des boutons pour choisir l’ambiance. Tango et lumière orangée aujourd’hui.
 
Vers le haut, pas trop de traces blanches. Soit ça a été bien nettoyé, soit mes confrères masculins se sont décidés à donner plus en couple, moins en cabine. À vue de nez –mon nez a une très bonne vue-, j’opterais quand même pour la première solution. On ne change pas le monde d’un coup de trique magique.
Nuque inclinée vers le bas, je toise mes propres pieds. Vernis violet mat, réussite totale. Rien que cette couleur sur mes orteils, ça m’excite. Mais le pire c’est mon index muni du vernis vert –celui à reception de messages intégré-. Quand il remonte depuis mon genou, tout le long à l’intérieur de ma cuisse, là où la peau est plus douce. En arrivant à l’aisne, j’en tressaille déjà.
 
Debout, je tends mon bras vers mon intérieur. La chair de mon doigt s’appuie sur la chair fragile de mon clitoris. Je donne un coup de hanche vers l’avant pour me faciliter la tâche. Un coup de hanche vers l’arrière pour faire glisser mon sexe sur mon doigt. Du plaisir. Je recommence. Cette fois-ci, je suis obligée de m’agripper à la barre antidérapante avec la main droite. Sinon, je titube. Encore une fois. Mon index s’appuie plus profondément. Aller-retour. Maintenant, avant de revenir vers l’avant, mon bassin entame une large boucle lascive. Et ferme à la fois, sur le rythme du tango. Mon index fait attendre mon clitoris et vient titiller mon mamelon dans la lumière orangée. Waw, ont-il pensé à l'isolation phonique ? De l'autre côté de la paroi, il y a le club des frites et une brochettes de pêcheurs…
 
Mes paupières se ferment, ma cervelle bascule dans mon crâne, je passe en mode hors-du-monde. Je plie les genoux, les pieds calés, quasi-inconsciente. Les péripéties de mes hanches touchent au quatre dimensions, pour signifier à l’index de venir les rejoindre. Vite, qu’elles n’en peuvent plus. L’index daigne redescendre, droit au but. Il s’enfonce directement dans le vagin. Presque virilement. S’agite un peu à l’intérieur. Histoire de faire un coucou surprise au locataire du numéro 5 (centimètres de profondeur), le point G, dit-on.
 
Aaaahhh, non pas de ces simulations verbales sussurées au coin de l’oreiller, c’est ridicule. Pour m’éviter ça, j’ai programmé mon oreiller à partir d’internet pour qu’il vrombisse et émettent des petits cris jouissifs lorsque je me fais prendre.
 
Oui, prendre, c’est le mot officiel, mais pas ma tasse de thé. D’ailleurs les gorilles se prennent certainement, et ne prennent pas le thé, en général. Menfin, on aura l’occasion de vérifier, il paraît que le maire de Sète va introduire des petits singes dans les bananiers de la place du Pouffre— un animal mythologique de la ville, issu de la prophétie Cacahuète.
 
Les petits singes, ils ont une vocation pédagogique. Ah, de nos jours, les enfants ne savent plus ce que c’est l’agriculture. C’est sûr, la production du lait de genon est un produit émergent, mais néanmoins réel sur le marché. Faut s’adapter au changement climatique. Comme mon doigt s’adapte aux anfractuosités de mon corps, de mon sexe, prend la vitesse optimale qui frustre parce qu’on a envie de plus et en même temps répond à la frustration. Le plaisir se maximalise. Plaisir mixte fait de souffrance et de plaisir pur façon Aristote. L’attente qui fait bondir. Repue, je prends mon ticket de reçu en sortant. Au lieu d'un photomaton, j'ai ma courbe d’intensité de plaisir. Pas mal. Je comparerais à la maison avec celle de la semaine dernière. Sans organisation, pas d'efficacité.
 
Raquel Hadida

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